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Les annonces pour une opposabilité des recommandations de la HAS, dans le champ de la psychiatrie et du soin psychique, se multiplient : président de la HAS1, ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées2… Des députés sont tentés de soutenir une telle opposabilité3, qui nécessiterait le vote ou la publication d’un texte réglementaire.
Le délégué interministériel aux TND se réjouit des nouvelles recommandations de la HAS4 qui, en matière d’autisme, a réussi à faire passer les pratiques se référant à la psychanalyse d’un statut de pratiques « non consensuelles » à celui de pratiques « non recommandées »5. Tout comme il se félicite de la fermeture administrative de la Fondation Vallée, faisant un amalgame honteux entre pratiques d’isolement et pratiques psychanalytiques6. Amalgame qui témoigne de sa haine de la psychanalyse tout autant que de son niveau de méconnaissance de cette discipline et des pratiques qui s’y réfèrent. Et il appelle à un exercice national de délation7.
La Fondation Vallée a fait l’objet d’une inspection par l’ARS d’Ile de France, laquelle a publié un rapport8 qui met incontestablement en évidence l’enquête à charge qu’ont menée les inspecteurs, leur idéologie totalement médico-centrée, HAS-compatible, technocratique, leur mépris de la profession de psychologue, leur suspicion de principe concernant la collaboration entre psychologues, psychiatres et direction administrative, considérant une telle collaboration comme de nature à empêcher un bon fonctionnement institutionnel. Et bien sûr leur position fondamentalement anti-psychanalyse.
Mais le pire est le mépris de l’histoire, voir la négation de l’histoire.
Jacques Hochmann a remarquablement bien dénoncé l’entreprise d’annulation voire de déni de l’histoire dont fait preuve le délégué interministériel aux TND, cité plus haut9. Il rappelle la place de la Fondation Vallée dans l’histoire de la pédopsychiatrie française, son travail fondateur inestimable.
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L’étau se resserre : HAS – Délégation interministérielle aux TND – ARS.
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Souhaitons-nous vraiment que l’État prescrive les pratiques soignantes ?10 Souhaitons-nous vraiment une psychiatrie d’État, une psychologie d’État, une psychothérapie d’État ?11
Souhaitons-nous vraiment un modèle unique de représentation de l’être humain, de sa vie subjective, un modèle normatif et standardisé qui réduit le sujet à son cerveau, et le soin à un diagnostic ?
Souhaitons-nous vraiment un effacement de l’histoire ? De l’histoire de chaque sujet qui exprime une souffrance, comme de l’histoire des sciences humaines, l’histoire de la psychologie, l’histoire de la psychiatrie ?
Souhaitons-nous vraiment la fin de la pluralité des approches, de la pluralité des modèles épistémologiques, du débat contradictoire, de tout ce qui fait l’essence-même du travail scientifique, et en fin de compte les fondements de la démocratie ?
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Si des recommandations de la HAS devenaient opposables, comment s’y prendrait-elle pour mettre en œuvre sa chasse aux sorcières, son travail de police d’État ? Comment définirait-elle où et quand commence l’influence de la psychanalyse dans telle ou telle pratique soignante, chez tel ou tel professionnel du soin voire de l’éducation, dans la mesure où la psychanalyse fait partie de notre culture, où elle influence un grand nombre de pratiques sociales, et même des pratiques qui se situent aux antipodes de la psychanalyse ?
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La Convergence des Psychologues en Lutte rappelle que :
Soutenir l’opposabilité des recommandations de la HAS, c’est donner à cette instance un pouvoir qu’elle n’a pas. La HAS, en effet, délivre des recommandations en fonction de l’état de l’art et des connaissances scientifiques qui, par définition, sont instables et susceptibles d’évolution permanente. Elles ne peuvent être que des « recommandations » provisoires, et certainement pas des « prescriptions » obligatoires imposées autoritairement.
Soutenir l’opposabilité des recommandations, c’est méconnaître le manque criant d’impartialité de la HAS, en matière de psychiatrie et de santé mentale12. La HAS, en effet, ne respecte pas dans ce domaine la pluralité des approches :
ni dans le choix de la littérature scientifique expertisée, qui est sélectionnée à l’avance et parmi laquelle n’est retenue qu’une part des articles, tout un pan de la recherche et de la production scientifiques étant mis à l’écart ;
ni dans le choix des experts, lesquels se prononcent notamment sur la validité d’une discipline dont ils ne connaissent pas grand-chose, les « experts » de cette discipline étant soit absents des groupes de travail soit présents de façon très parcimonieuse ;
ni dans le choix des méthodologies, une seule d’entre elles étant considérée comme relevant de la « science », ce qui témoigne d’un faible niveau de réflexion épistémologique.
Soutenir l’opposabilité des recommandations, c’est ignorer que la méthode de travail et la méthodologie scientifique appliquées par la HAS, qui sont parfaitement adaptées pour la pharmacologie, sont absolument inadaptées pour les traitements non médicamenteux, et en particulier pour les psychothérapies. C’est ignorer que les méthodes recommandées n’atteignent en réalité elles-mêmes qu’un très faible niveau de preuve, au regard de la méthodologie privilégiée par la HAS.
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Au regard des critiques massives dont les responsables des instances d’État font l’objet de la part des professionnels de la psychologie, de la psychiatrie, du soin psychique, au regard de la contestation et des clivages profonds que génèrent dans les terrains de pratiques comme dans les universités, chez les professionnels comme chez les chercheurs, leurs prises de position et leurs décisions, les personnalités nommées par l’État au sein de la HAS, de la commission interministérielle aux TND, comme dans les ARS, et qui ont en charge les questions de psychiatrie, de psychologie, de soin psychique et de santé mentale, sont-elles encore légitimes à occuper ces fonctions ?
La Convergence des Psychologues en Lutte
Le 9 mai 2026
1 Voir le Quotidien du médecin du 16 avril 2026 (https://www.lequotidiendumedecin.fr/dpc/il-ne-sagit-pas-de-rendre-toutes-les-recos-contraignantes-le-president-de-la-has-defend-une).
2 Voir la dépêche d’APMnews du 9 avril 2026.
3Ibid.
4 Voir Le Monde du 12 février 2026 (https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/12/autisme-les-recommandations-de-la-haute-autorite-de-sante-peuvent-faire-jurisprudence_6666492_3224.html).
5https://www.has-sante.fr/jcms/p_3859897/fr/autisme-les-nouvelles-recommandations-pour-le-nourrisson-l-enfant-et-l-adolescent
6https://environnementsantepolitique.fr/2026/02/25/71836/. Rappelons que cet amalgame a été fait aussi par un article du journal L’Express, à l’origine du déchainement médiatique dont ce centre hospitalier est l’objet (voir la réaction des représentants CGT du personnel de la Fondation Vallée : https://www.spp.asso.fr/wp-content/uploads/2026/02/1770152947548.pdf).
7https://fr.linkedin.com/posts/etienne-pot-5a183b5a_fondation-vall%C3%A9e-une-suspension-dactivit%C3%A9-activity-7430365797270773761-TD_Y
8 Rapport 2025-13710.
9https://levolutionpsychiatrique.fr/un-amalgame-inacceptable-les-propos-du-delegue-interministeriel-aux-troubles-neurodeveloppementaux-par-jacques-hochmann/
10 Voir le communiqué du Printemps de la Psychiatrie du 4 mai 2026 : « Est-ce à l’État de prescrire le soin juste ? »
11 Voir la pétition « Non à une psychothérapie d’État » (https://www.change.org/p/non-à-une-psychothérapie-d-état).
12 Voir l’article d’Albert Ciccone qui démontre la manière dont la HAS est soumise à une idéologie : https://levolutionpsychiatrique.fr/la-haute-autorite-de-sante-une-instance-independante-ou-bien-soumise-a-une-ideologie-par-albert-ciccone/. Voir aussi l’article de François Gonon qui démontre le manque d’impartialité de la HAS qui ne s’applique pas à elle-même les exigences scientifiques qu’elle impose aux autres, et met en évidence la façon dont celle-ci exclut des approches qui, même évaluées avec ses règles partiales, sont tout aussi efficaces que celles qu’elle recommande : https://levolutionpsychiatrique.fr/les-dispositifs-dautoregulation-comment-lhas-ne-respecte-pas-ses-propres-regles-par-francois-gonon/
Par Roland Gori, à lire dans Libération
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