Richard Rechtman avec Roland Gori : Vies ordinaires en temps de guerre

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Ce dialogue explore la guerre, le traumatisme et la vie en situations extrêmes. La guerre relève avant tout de choix politiques et historiques, plus que de l’inconscient, pour Richard Rechtman. Dans ces contextes, la violence s’inscrit dans le quotidien pour les victimes comme pour les bourreaux, mais ce n’est jamais le même quotidien, comme si il n’y avait même pas de relation intersubjective entre les premières et les seconds. Richard Rechtman critique le concept de traumatisme du fait de son ambivalence : avec un tel concept la souffrance se trouve reconnue, mais son usage intensif peut également simplifier et masquer la singularité et la réalité des expériences vécues. La prévention de la violence repose donc sur des choix politiques et une responsabilité collective. Richard Rechtman revient sur son expérience de consultation des réfugiés de l’Asie du Sud Est, en particulier après les massacres des Khmers rouges contraignant de nombreux cambodgiens à fuir leur pays. Richard Rechtman insiste sur la nécessité de ne pas réduire les individus à des “traumatisés” : ils restent des sujets vivants, avec une histoire et une volonté de vivre. Quant aux génocidaires, souvent ordinaires, ils agissent dans des systèmes sociaux et culturels où tuer devient un travail presque comme un autre sans nécessairement impliquer la haine. Richard Rechtman est psychiatre des hôpitaux et anthropologue, directeur d'études à l'EHESS, membre du CESPRA (EHESS-CNRS UMR 8036). Il a notamment publié : en 2015 Les Vivantes Phnom Penh, 1975 (réédition Poche CNRS éditions, 2025), en 2007 L’Empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime avec D. Fassin, (réédition Champs/Flammarion, 2024) et en 2020 La vie ordinaire des génocidaires (CNRS éditions).

Par Roland Gori, à lire dans Libération