Nicolas Roméas dans l'Humanité

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Nicolas Roméas, Des armes spirituelles




Directeur de Cassandre, Horschamp [1]


Avouons-le, une campagne axée sur les enjeux culturels ne m'aurait pas déplu, lors de ces élections ! Elle aurait été le signe d'une prise de conscience. Et peut-être aurait-elle stimulé la motivation des électeurs Eh bien, ce n'est pas pour cette fois Pourtant, l'enjeu européen est majeur. C'est à cet échelon que se trame la politique de « concurrence libre et non faussée » qui signe l'arrêt de mort de la notion de service public et force tout ce qui est de l'ordre du bien commun à entrer dans un système de rentabilité. Sans doute le danger n'apparaît-il pas encore suffisamment aux yeux des démocrates pour qu'une réaction vitale se manifeste Il est vrai que Goupil, l'adversaire, est particulièrement pervers, habile à maquiller ses desseins sous des apparences trompeuses. « Communication », disent-ils. Autrefois on disait « propagande ». L'Appel des appels n'apparaît plus beaucoup dans la presse. C'est pourtant le regroupement le plus utile et le plus fort depuis longtemps autour des grands enjeux de société. Vous me direz, ça n'est pas étonnant, étant donné l'état de la presse Mais vous qui lisez ces lignes, diffusez leurs textes, faites circuler leurs rendez-vous parmi vos amis, il en va de notre avenir, de celui de notre civilisation. Allez faire un tour sur leur site (ici), ne laissons pas passer ce moment. Les catastrophes servent à ça. Nous catalyser sur l'essentiel. Et l'essentiel, c'est la relation humaine, qu'elle passe par le geste artistique, les travaux des chercheurs, la psychanalyse, toutes les formes du soin Relisons la Peste, d'Albert Camus. C'est le moment. La peste qui nous menace, c'est la réification de l'homme. La déshumanisation de la société par ce que le psychanalyste Roland Gori et les signataires de l'Appel nomment, après La Boétie, « notre servitude volontaire face à la dictature des chiffres et de la technique », décrite par Marie-José del Volgo (2). Ce que Michel Foucault analysa avec une précision chirurgicale, ce qu'Aldous Huxley, George Orwell, Ray Bradbury, Terry Gilliam anticipèrent à leur façon. J'aime revoir, de temps à autre, les Sept Samouraïs, du grand Akiro Kurosawa. Magistrale leçon politique. Très utile en ces temps obscurs. Les armes du guerrier sont spirituelles. Finesse, sang-froid, précision, bienveillance y compris vis-à-vis de l'adversaire. On se bat pour ce qui est juste, il n'y a donc place ni pour l'hésitation ni pour la haine. Je croyais autrefois qu'être à gauche, c'était ça. Mais je le sais aujourd'hui, le plus terrible adversaire, ce sont les faiblesses de notre camp. Il faut lutter pied à pied contre les mensonges et les abandons qui déshumanisent notre société.



[[[1] Revue et site d'information dédiés aux relations entre l'art, la culture et la société : www.horschamp.org


[2] Cf. Cassandre/Horschamp 77.]]