En mémoire de Conrad Stein

Mort le 16 août à Paris, Conrad Stein, figure connue de la psychanalyse française, était né à Berlin le 12 mars 1924. Dès 1933, fuyant le régime nazi, sa famille quitte l'Allemagne avec lui sur les conseils que son père, journaliste, leur adresse depuis la Chine.

En 1954, il soutient sa thèse de doctorat sur « Le mutisme chez l'enfant ». Interne des Hôpitaux psychiatriques de la Seine et neuropsychiatre, il obtient la même année le Prix de l'Évolution psychiatrique. Il est admis comme membre adhérent de la Société psychanalytique de Paris (SPP) en 1959 et devient titulaire un an plus tard.

Toujours en 1960, il participe au colloque de Bonneval organisé par Henri Ey sur « Le Statut de l'inconscient freudien » qui réunit psychanalystes et philosophes : Maurice Merleau-Ponty, Paul Ric%oe%ur, Jean Hyppolite, Jacques Lacan, Serge Leclaire, Jean Laplanche, André Green. Par la suite, il sera de toutes les initiatives fécondes du mouvement français qui, au plus fort de cette ambiance exceptionnelle des années 1960, renouvelle ses concepts et ses pratiques.

En 1964, il participe à la création de la revue L'Inconscient avec Piera Aulagnier et Jean Clavreul. En 1969, il fonde la revue Études freudiennesdont les journées, organisées avec Danièle Brun, son épouse, seront toujours l'occasion de débats sur des thèmes majeurs de la cure. Amoureux de la langue, il demandait toujours aux auteurs de sa revue de renoncer au jargon et à la prétention d'un savoir qui dirait la vérité du patient. Il soutenait que l'analyste devait parvenir à entendre les représentations qu'il se faisait lui-même du patient dans la relation transférentielle. Il a toujours su éveiller chez ses auditeurs et ses élèves le désir de l'analyse.

Esprit libre, érudit, généreux, il mettait en garde contre les assujettissements propres aux institutions. Peut-être faut-il voir là les sources de la méfiance et du respect qu'il éveilla dans le monde analytique, dans certains groupes lacaniens, comme au sein de l'International psychoanalytical Association ?

L'Enfant imaginaire (Denoël, 1971) est son livre majeur. Suivirent, entre autres, La Mort d'?dipe (Denoël, 1977), Les Erinyes d'une mère(Calligrammes, 1987).

Roland Gori
article paru dans le Monde le 28 août 2010